
Le 27 janvier, 2008, j’ai grimpé le plus haut sommet d’Europe: le mont Elbrouz en Russie. C’était une aventure très amusante et rapide ; je me suis fait un nouvel ami russe, Yuri Pavlof. Et nous avons grimpé cette montagne en hiver ! Je ne le savais pas à l’époque, mais Yuri m’a informé qu’Elbrouz est souvent grimpée en été, mais elle est très rarement tentée en hiver à cause des conditions météorologiques très mauvaises. Ce que j’allais bientôt vivre ! Suivez cette courte histoire de notre tentative du sommet de l’Europe.
Quoique j’aie cherché dans les archives de cette montagne ainsi que sur l’internet, je crois être le premier Québécois, sinon Canadien à s’être rendu au sommet d’Elbrouz en hiver ! J’en suis fier car ça m’a fait beaucoup pensé à la nuit de ma tentative du sommet d’Everest !
Bonne lecture !
Nous avons tous pris notre envolée de la Tanzanie vers Amsterdam. Mon équipe du Kilimanjaro a pris leur vol vers l’ouest pour Montréal, tandis que j’ai volé vers l’est pour la Russie. Alors on s’est salué et je suis resté quelques heures à Amsterdam avant de prendre mon avion pour Moscow. J’ai visité le musée de Van Gogh en attendant.

J’ai atterri à Moscow et j’ai passé la soirée à visiter la ville avant ma prochaine envolée le lendemain. J’ai visité le centre de la ville, « Red Square ». Les gens patinaient sans gants et chapeau et il faisait (moins) - 10 Celsius !

En voyant cette photo, je regrette de ne pas avoir apporté mon appareil plus performant. J’aime bien les caméras jetables ; elles sont pratiques en expédition, bonnes pour des photos de jour mais terribles pour les photos plus sombres le soir. Me voici devant le Kremlin, vraiment!

J’ai pris l’envolée de Moscow vers le petit village de Mineralny Vody. Ensuite, nous sommes partis en voiture pendant 3 heures vers un plus petit village nommé Terskol, au pied de l’Elbrouz dans les Caucase, à proximité de la Georgie. Parfois, on dirait que je suis en Sibérie !

Mais au fur et à mesure que nous nous rapprochions de la montagne, j’avais plutôt l’impression d’être au Canada.

Les Russes connaissent très bien le terme longévité. Ce chauffeur de taxi était fier de m’informer que sa voiture a 800 000 km sous le capot et que le moteur ronronne encore !

Voici le trajet usuel sur Elbruz. Nous partons des refuges nommés ‘Barrels’ à 3 700 mètres, pour nous diriger ensuite vers le sommet ouest quelques 2 000 mètres plus haut.

Le mont Elbruz est en effet un centre de ski en bas, tout comme le mont Blanc. Pour se rendre à notre refuge, nous prenons deux téléfériques, pour ensuite monter une heure à pied aux ‘Barrels’ à 3 700 mètres.

From the top of this second cable car, we would normally have access to a one seat chairlift that could bring us right to the Barrels, nearly 1,000 feet higher. But the lift was broken this day, so we started our climb from here.

Voici mon collègue de montagne, Yuri Pavlof. Il est guide sur Elbruz l’été pour la compagnie Pilgrim Tours. Mais c’est la première fois qu’il se présente à Elbruz l’hiver. Il a 38 ans avec deux enfants aussi : une fille de 8 ans et un garçon de 3 mois.

Nous sommes enfin arrivés à notre refuge à 3 700 mètres, la même journée où je suis parti de Moscou, quelques 13 heures avant. Je voulais absolument me rendre au refuge en une journée, pour me donner 4 jours plutôt que 3 pour la tentative du sommet d’Elbruz en hiver. Je savais que la météo et les conditions à ce moment-ci de l’année sont très difficiles, alors je voulais placer toutes les opportunités de mon côté. J’allais apprendre sous peu à quel point les conditions météorologiques étaient difficiles !

Voici un peu de notre nourriture pour 4 jours : du pain (très dur), des viandes, yogourt, craquelins, fromage, fruits et du thé. Cela ne semble pas beaucoup mais comparativement à mes repas déshydratés usuels en montagne et dans une tente froide, ceci est un festin !

Voici la seule photo de cette première tentative au sommet, partant de 3 700 mètres pour nous rendre à 5 633 mètres. Notre but était alors de grimper 1 900 mètres et revenir à notre camp en une journée. Nous nous sommes réveillés à 4 h 00, il faisait -20 degrés Celsius avec une pleine lune. Après un court déjeuner, nous sommes partis pour le sommet. Après quatre heures de montée et presque 1 000 mètres de gain d’altitude, nous sommes arrivés à un endroit nommé les roches ‘Pashtukof’ à 4 750 mètres. C’est alors que la météo a changé; les vents ont augmenté à 30 – 40 km/h. On ne voyait plus la montagne, ni notre chemin. Cela signifiait aussi que si le vent était de 40 km/h ici, il serait alors au dessus de 100 km/h à notre prochain arrêt : ‘The Saddle’ à 5 300 mètres, qui sépare les deux sommets d’Elbrouz. Nous ne voulions même pas tenter de deviner la température à cet endroit! Alors nous sommes redescendus au camp. Nous essayerons de nouveau demain, une heure plus tôt encore à 3 h 00 ! Il faisait vraiment froid!!!!

J’étais déçu de notre échec, nous rendant seulement à mi-chemin, mais j’étais de bonne humeur, surtout après un bon repas. Je savais aussi qu’il me restait trois jours encore devant moi. Donc, on a pris le reste de la journée pour recharger nos batteries du 7 heures d’efforts perdu et nous nous préparons pour une plus grosse journée demain!

Nous nous sommes réveillés à 2 h 00 plutôt que 3 h 00. Le vent soufflait très fort à notre camp à 30 km/h. On pouvait juste imaginer ce qu’il faisait plus haut! Yuri a communiqué avec son ami qui surveillait la météo pour nous. La météo allait de mauvais à pire! Aujourd’hui sera une répétition d’hier mais avec les vents qui augmenteront en après-midi. Ensuite, on annonçait une tempête de neige en soirée pour les deux prochains jours. Ceci signifiait tristement que je n’aurais pas une bonne opportunité pour le sommet d’ici mon départ de la montagne et la Russie. Je me suis préparé pour cette éventualité, mais je ne voulais pas quitter sans essayer tout de même. Alors j’ai dit à Yuri qu’on faisait notre dernière tentative maintenant tout de même. C’était notre seule opportunité, quoique mince. On verra jusqu’où on se rendra. C’était maintenant ou jamais! Nous sommes alors partis à 3 h 00 avec des vents de 30 km/h et -25 degrés Celsius. On ne savait pas que ceci serait la météo la plus douce de la journée!!!

On a grimpé les premiers 4-5 heures à la noirceur. En résumé; il faisait vraiiiiiiiment froid et c’était vraiiiiment venteux!!! Au fur et à mesure qu’on montait, la température chutait : - 30 degrés Celsius en moyenne mais avec le vent : -50 degrés Celsius. Les vents ont atteint 60 à 80 km/h : aucun ralentissement de toute la journée. Mais quelle vue magnifique!

Nous nous sommes rendus encore au ce même endroit que la nuit précédente, en cinq heures. Est-ce que j’ai mentionné qu’il faisait vraiment froid? Je me rappelle d’avoir enlevé ma mitaine pour quelques instants. Je me rappelle aussi que cela a pris plus d’une heure et demie pour que ma main se réchauffe à nouveau dans ma mitaine. On peut voir dans la photo Yuri à gauche qui boit du thé. C’est la dernière fois qu’il a bu du thé car son Thermos a gelé dur peu après cette photo et il ne pouvait plus ouvrir le Thermos.

Nous nous sommes rendus au Saddle (entre les deux sommets) en huit heures d’effort. La vue était magnifique mais le vent et le froid étaient épouvantables! À deux reprises, des rafales de 80 km/h ont failli nous faire chuter. Ça aurait été une longue glissade vers notre camp.

Lorsque le thermos du Yuri a gelé, j’ai donc partagé avec lui le reste de mon eau. Alors nous avons manqué d’eau, ce qui a rendu la suite de notre tentative d’autant plus difficile, sans mentionner la descente par la suite. Nous avons estimé que nous manquerions d’eau pour au moins 5 heures dans les meilleures circonstances, sans surprise. On se sentait bien malgré la fatigue, alors nous avons décidé de continuer. Does it look cold in this picture? It is!

Pendant les deux prochaines heures, nous avons grimpé, lentement pour conserver notre énergie et minimiser la déshydratation. Nous nous sommes rendus au sommet quelques 10 heures après avoir quitté notre refuge. Cette photo a été prise 15 minutes après le sommet, quelques 50 pieds plus bas, sur le plateau d’Elbruz. Le vent nous donnait sa meilleure performance alors nous avons opté d’attendre un peu plus bas pour enlever nos mitaines et accéder à la caméra. Malgré les conditions météo, c’était un moment exceptionnel au sommet! Nous avons eu une vue extraordinaire, pour quelque temps au moins.

Cela nous aura pris 13 heures au total, aller-retour. C’était très difficile mais gratifiant aussi; une montée qui me rappelait beaucoup ma tentative du sommet d’Everest. Durant les 7 ans de carrière comme guide pour Yuri, c’était ça première ascension d’Elbrouz en hiver ; atteindre le sommet était donc toute une victoire pour lui. Il considérait que nous avions grimpé assez rapidement. En moyenne l’été, cela peut prendre environ 16 heures aller-retour contre 13 heures pour nous, en hiver. Disons que nous étions inspirés de sortir du froid donc nous grimpions plus vite!

Yuri m’a demandé si je grimpe comme profession ou comme passe-temps . Il me trouvait fort comme grimpeur. Pourtant, c’est moi qui le trouvais fort comme grimpeur. Nous avons eux beaucoup de plaisir à grimper ensemble et on se complétait très bien sur la montagne. Alors je lui ai demandé : ‘Combien de grimpeurs connais-tu qui ont fait le sommet d’Elbruz en hiver?’, il m’a répondu : ‘maintenant, j’en connais deux!’
À noter, c’était la dernière fois que je verrais la montagne avant que la tempête nous rejoigne.

Nous pouvions voir et sentir la tempête nous sortir de la montagne. Merci à Mère nature de nous avoir donné cette petite fenêtre pour fouler le sommet. Le seul petit problème fut le bout de mon nez que je n’ai pas bien protégé du froid. Il a gelé. Par chance, il est devenu blanc et non noir. Il a enflé à presque deux fois sa grosseur et a pris une semaine à guérir!

Nous sommes descendus le lendemain matin de notre refuge, vers le centre de ski plus bas à 2 000 mètres. Puisque j’ai réussi le sommet dans ma deuxième journée sur la montagne, il me restait toujours deux jours avant de quitter les Caucase. Alors, j’ai opté pour louer des skis avec Yuri et nous sommes allés skier toute la journée.

Nous avons pris à nouveau le téléférique jusqu’à 3 400 mètres, mais cette fois-ci c’était pour redescendre et non continuer à grimper.

Dès ma première descente, mon nez faisait tellement mal étant exposé à nouveau au froid, que j’ai dû me couvrir comme un bandit pour le reste de la journée.

Yuri m’a accompagné le lendemain jusqu’à Minelralny Vody, pour que je prenne mon envolée vers Moscou. Je lui ai donné comme cadeau mon couteau utilitaire ‘Leatherman’ . Nous resterons en contact. Il ne sait pas encore utiliser un ordinateur, mais il veut apprendre et ouvrir un compte Hotmail pour qu’on s’échange des courriels. Alors je lui ai donné mon adresse. Je vais attendre son premier message
Voilà, cinq de mes sept sommets sont complétés. Il n’en reste que deux !
